« The Witcher » sur Netflix, cross-média ou transmédia? 

Ce vendredi, Netflix a mis en ligne la très attendue série “The Witcher” tirée de l’oeuvre littéraire éponyme. 

The Witcher” est surtout connu aujourd’hui pour l’excellent troisième volet du jeu vidéo mais, c’est avant tout une série de livres publiés entre 1986 et 2013 d’un auteur polonais. 

Andrzej Sapkowski  nous raconte une saga romanesque, dans un monde pseudo-médiéval de son invention, les aventures de Geralt de Riv, un chasseur de monstres, génétiquement modifié, un « sorceleur ». Mercenaires dotés d’aptitudes particulières et de pouvoirs, les sorceleurs protègent la population, contre rémunération, des créatures et phénomènes magiques qui les menacent. Leurs apparence et métier, leurs valent d’être rejetés par cette même communauté qu’ils ont juré de défendre.

Ses romans et nouvelles ont été traduits dans une multitude de langues en anglais, hongrois, tchèque, russe, lituanien, allemand, espagnol, français, slovaque,  portugais…

De l’oeuvre littéraire, aux jeux vidéo, en passant par le cinéma et la télévision avant d’arriver sur Netflix, l’univers imaginé par Andrzej Sapkowski, adapté tout d’abord comme un crossmédia est devenu un parfait exemple de transmédia. 

Le cross-média est le fait de décliner une histoire, un contenu originel sur différents supports. 

La différence entre cross-média et transmédia réside dans l’objectif de l’adaptation d’un univers d’un support à un autre car si le cross-média se veut être un contenu originel simplement porté sur un autre médium, le transmédia, lui, veut construire et enrichir un univers en multipliant les supports et donc les expériences de divertissement d’un même univers. Notons que c’est un certain Henry Jenkins qui développe la notion de transmédia en 2006. 

Entre cross-média et transmédia, il n’y a donc qu’un pas. 

Faisons le point sur l’histoire des adaptations de l’univers de “Wiedźmin”, le nom de l’oeuvre originale du “Sorceleur” afin de pouvoir s’interroger sur la nature transmédiatique de l’adaptation Netflix de l’oeuvre d’Andrzej Sapkowski.

Le premier volet du jeu vidéo “The Witcher” est paru en 2007, le second en 2011 et le dernier en 2015. Tous les trois sont sortis des fourneaux de l’éditeur et développeur polonais CD Projekt.

CD Projekt est une entreprise polonaise qui sort en 2020 le jeu que j’attends le plus cette année : Cyberpunk 2077 (et, non, ce n’est pas que pour les beaux yeux de Keanu Reeves mais, nous en reparlerons). 

Un jeu vidéo transmédiatique …

Le jeu vidéo “The Witcher III” est un transmédia puisqu’il permet notamment un développement narratif par la création de DLC en ajoutant de nouvelles aventures à proposer dans un univers déjà fixé et donc en dénaturant l’oeuvre originel. De plus, la nature même du jeu avec un monde ouvert, faisans de “The Witcher III” un “jeu-monde”, permet d’étendre l’expérience de l’oeuvre originelle en faisant plus que simplement suivre le récit. Le joueur peut décider de suivre le récit ou il peut décider de découvrir l’univers à travers l’espace. Dans les deux cas, son expérience  est augmentée.

L’adaptation cinématographique du sorceleur. 

La série sortie ce vendredi n’est pas la première apparition de Géralt sur nos écrans. 

En 2001, est sorti sur les écrans polonais un film reprenant les aventures de Géralt de Riv nommée “Wiedźmin” (nom polonais de l’oeuvre originelle). Wiedźmin” est un film de 2h10 dont le personnage central est joué par Michal Zebrowski, un acteur polonais qui a notamment joué dans “Le pianiste”.


Cette adaptation est hélas connue pour être un échec critique. Les spectateurs se plaignant notamment de ses effets spéciaux, très spéciaux. L’idée de transposer ce mauvais film en une série de 13 épisodes un an plus tard finira d’enterrer cette tentative d’étendre l’univers d’Andrzej Sapkowski.

Malgré ce premier essai télévisuel raté de la franchise, le succès du jeu vidéo dans les années 2010 suffira à faire naître l’envie chez Platige Image de tenter l’aventure à son tour. Spécialisée dans l’animation 3D, les effets spéciaux numériques et l’infographie, l’entreprise, créée en 1997 n’en n’est pas à son coup d’essai, et a déjà travaillé, entre autre, sur le film Wonder Woman (2017). Soit dit en passant, si vous avez manqué l’excellent article de Séverine Némesin sur son entrevue (imaginée) avec Wonder Woman, c’est par ICI.

Notons que c’est le studio Platige Image qui a produit les cinématiques des jeux vidéos The Witcher. En 2015, le studio annonce la production d’une série basée sur les livres d’Andrzej Sapkowski en collaboration avec Netflix. Il aura fallu jusqu’à vendredi pour enfin pouvoir voir le résultat. Géralt de Riv, dont nous suivons les aventures, est incarné ici par Henry Cavill.

Nous pouvons noter que l’auteur de l’oeuvre a été pris en tant que consultant sur la série. 

Malgré une évidente volonté d’en faire un cross-média à travers sa nouvelle adaptation sérielle, validée par l’auteur de l’oeuvre originelle, le simple fait d’étendre par ce biais, l’univers déjà très dense de The Witcher, ne fait que confirmer sa transmédiatisation par une nouvelle expérience des aventures de Géralt de Riv.

De plus, les modes de production des médias aujourd’hui permettent d’étendre les possibilités de faire vivre une oeuvre et l’oeuvre peut devenir tout un monde à parcourir comme dans le cas des jeux vidéo où le joueur peut incarner le personnage principal inventé par Andrzej Sapkowski mais en l’incarnant et en pouvant choisir les dialogues du jeu, on dépasse les capacités du simple roman à faire vivre un monde.

Pour ce qui est de la série toute fraîchement sortie, j’attendais d’avoir écrit cet article et de finir de regarder les saisons 5 et 6 d’Adventure Times pour enfin me plonger dans cet univers que j’ai adoré incarner sur pc et que j’ai adoré lire. Ma rédac’ chef par contre lancera du bout du couloir un timide « mouais…  pas trop mal » , mais bon, venant d’elle on pourrait donc s’attendre à un résultat génial. 

Je vous laisse donc ici pour rejoindre Géralt et Ablette pour de nouvelles aventures vidéo-ludiques.

 

SOURCES : 

☼ Pour en savoir plus sur l’auteur :

conférence donnée en 2009 en français https://www.actusf.com/detail-d-un-article/article-7550

☼ Notion de cross-média et de transmédia :

https://karleen.fr/lundis-cross-medias-cross-media-ou-transmedia/

Amandine Prié, « Les Séries télé à l’heure d’Internet et du transmédia », TV/Series [En ligne], 1 | 2012, mis en ligne le 15 mai 2012, consulté le 23 décembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/tvseries/1586 ; DOI : 10.4000/tvseries.1586

☼ Voir aussi : les travaux de Henry Jenkins,  Mélanie Bourdaa, David Peyron

 

Merci à Laurent Croizier pour son mémoire : L’épreuve du récit dans “The Witcher III : Wild Hunt” sur lequel j’ai pu m’appuyer. 

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2 commentaires sur “« The Witcher » sur Netflix, cross-média ou transmédia? ”

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