O.S.E.(z), le manga qui traite de la phobie et de réalité virtuelle

O.S.E (OVERCOME.SURVIVAL.EXPERIENCE)

O.S.E. est un manga français créé par Loiki Nihon et Shaos. Démarré en 2003, ce projet se centre sur un dispositif nommé « Overcome. Survival. Experience » (O.S.E.), programme de réalité virtuelle qui se veut thérapeutique car il permet aux joueurs de combattre leurs phobies.

Complètement avant-gardiste dès le début de sa conception, ce dispositif imaginaire est devenu aujourd’hui un outil bien réel. En effet, les Thérapies par Exposition à la Réalité Virtuelle (T.E.R.V.) sont désormais utilisées par de nombreux thérapeutes afin de lutter contre les phobies de leurs patients, nous vous invitons d’ailleurs à lire notre article sur le sujet (La VR contre la phobie )

En psychanalyse, la phobie est pensée comme un trouble névrotique de type hystérique. Si on regarde du point de vue du DSM-V (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), les phobies sont classées dans les troubles anxieux. Parmi les critères les définissant se trouvent une peur ou anxiété intense à propos d’un objet ou d’une situation spécifique, mais aussi par le fait qu’elle soit récurrente et disproportionnée, qu’elle cause une souffrance, et qu’elle perdure dans le temps.

Pour la prise en charge de ces troubles, l’approche psychanalytique peut se révéler très longue et coûteuse, alors que certaines phobies nécessitent parfois une prise en charge rapide (par exemple, l’agoraphobie peut entraver la vie professionnelle). Les thérapies cognitivo-comportementale (T.C.C.), plus récentes, sont des méthodes par expositions progressives qui donnent habituellement des résultats plus rapides et atténuent considérablement et rapidement les symptômes. Les TERV s’inscrivent habituellement dans ce référentiel.

O.S.E. Phénomènes
O.S.E. Phénomènes

Et c’est ce qu’on peut découvrir dans O.S.E. dès les premières pages de ce premier volume. Nous y retrouvons une personne souffrant d’ophiophobie (phobie des serpents) qui traverse une zone infestée de couleuvres, pythons et autres reptiles.

L’exposition est franche bien que  progressive : la vue des serpents dans un premier temps, puis le fait de les approcher, suivi du contact direct et enfin de l’attaque. Cette progression pourrait correspondre à la montée de l’anxiété. Ce qui saute aux yeux, c’est le réalisme de cette scène, le sentiment d’angoisse est ici bien retranscrit. Et pour cause, Loiki, scénariste du manga nous confiera avoir lui-même été victime de phobies, ce qui explique sans doute le rendu si crédible. Il nous raconte par ailleurs s’être inspiré du Dictionnaire divertissant et culturel des phobies de Didier Rougeyron, journaliste et conseiller en communication.

L’implication de l’auteur dans son œuvre est par ailleurs loin de s’arrêter là. Après cette première scène, un groupe de jeunes se dirige dans un univers parisien empreint d’anticipations technologiques, d’implants et d’hologrammes fort bien pensés. L’Asian Virtual Expo, théâtre de ce premier épisode, se veut une copie papier des « événements manga » se déroulant dans le lieu-même où nous avons rencontré l’auteur, à savoir à la Paris Game Week. Un des personnages principaux se prénomme également Loïc, et lui ressemble trait pour trait. On peut ainsi se questionner sur la fonction de cette œuvre pour son scénariste, il dira en effet qu’il y a « mis son âme », et semble prêt à d’énormes sacrifices pour que son projet rencontre le succès qu’il mérite. On peut donc penser cette œuvre dans la dimension thérapeutique qu’elle peut avoir pour son auteur. L’acceptation de ses phobies passe ici par leur sublimation par l’art, et par son support : le manga. Par ailleurs, le scénariste nous donne des indices laissant penser qu’un projet plus gros que le manga serait en cours de développement.

O.S.E. Shiina
O.S.E. Shiina

Un beau manga

D’un point de vue visuel, il est à souligner la beauté graphique de ce manga, qui rappelle parfois le style et les personnages de City Hunter (dont l’adaptation en dessin animé Nicky Larson fut diffusée au début des années 90). Loiki citera d’ailleurs les années « Club Dorothée » dans ses sources d’inspiration, aux côtés du jeu Yakuza (2005), du film Battle Royale (2000) du créateur Hideo Kojima ou encore de Michael Jackson et Queen. Il semble que le manga soit truffé de clins d’œil à cette pop culture que le lecteur prendra sans doute plaisir à découvrir. Je me permets de citer uniquement le célèbre « Viens avec moi si tu veux vivre ! ».

Dans la tradition du style manga, les héroïnes sont très sexualisées, notamment Shiina, une intelligence artificielle. A la question de savoir si, en cette période de redéfinition de la place de la femme dans le lien social, le manga ne risquait pas d’être attaqué pour ces représentations, l’auteur assume son « manga qui ose ».

O.S.E. Shiina
O.S.E. Shiina

 

… L’avenir de O.S.E

Ce premier volume exploite son concept de T.E.R.V de manière brillante. Loin de simplement enchaîner des scènes de thérapies en réalité virtuelle, le scénario nous amène avec brio dans une mise en abîme entre les différents niveaux de réalité, mécanisme qui m’a fait penser au film eXistenZ de Cronenberg (1999).

Il réussit par ailleurs à mettre simultanément en lumière différentes problématiques de fond : la façon de penser son image dans une société de paraître, le danger du fait que nos données personnelles soient détenues par des entreprises et puissent être utilisées à notre détriment, le tout présenté sous forme de critique des jeux télévisés. Le thème des violences conjugales apparaît aussi, rendant quelque peu caduque mon questionnement sur la dimension stéréotypée et sexualisée des héroïnes. Il est également question du fait que les suivis, mal menés par le thérapeute, puissent être violents, voir traumatisants pour les patients. Ici cependant, cette méthode thérapeutique très éprouvante porte ses fruits, et la patiente sort de cette expérience transformée.

Enfin, cet opus nous soumet quelques questions d’éthiques relatives à la réalité virtuelle, ce qui m’a rappelé l’épisode « Blanc comme neige » de la série Black Mirror où des personnes sont emprisonnées indéfiniment dans un environnement virtuel, parfois sans même le savoir.

Le tome 1, « phénomènes », se conclut sur un énorme suspens qui ne peut que nous donner envie de lire le prochain opus « tensions », qui sortira le 18 décembre. Bonne lecture !

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