La Réalité Virtuelle : une solution numérique pour traiter la phobie

L’annonce du prochain salon Virtuality, le plus grand salon français dédié à la Réalité Virtuelle et à ses nombreuses innovations se tiendra fin novembre à Paris. Thérapeutes, psychologues, médecins ou autres professionnels de soins, une petite promenade de santé le 20 novembre prochain, ça vous dit ? Je m’y étais, en tant que psychologue utilisant la VR oblige, égarée l’an passé. Du préventif au palliatif, en passant par le curatif, le village santé du salon Virtuality m’avait étonnée beaucoup et surprise une fois de plus. J’en attends plus cette année, car ce que je regrette jusqu’alors dans les outils que j’utilise au cabinet est le manque de réalisme de certains supports qui selon moi bloque l’immersion nécessaire aux prises en charge que j’effectue pour le traitement de la phobie.

J’utilise la réalité virtuelle dans mes prises en charge thérapeutiques depuis un peu plus de trois ans.   Je dois reconnaître une demande de plus en plus pressante sur ces outils qui semblent intervenir pour mes patients comme un dernier essai pour obtenir toute chance de guérison.

 » Pour apporter une autre initiative thérapeutique et reproduire ce que les psychologues comportementalistes appellent l’exposition et l’habituation, qui sont les deux modalités thérapeutiques usuelles du traitement de la phobie, la VR est devenue une étape quasiment incontournable. »

Pour ce type de pathologie, « Des psys, si vous saviez combien j’en ai vu avant vous … » est une phrase très souvent entendue. Les patients sont fatigués par des parcours longs, par des efforts continus, par de nombreuses rechutes, un sentiment de manque d’efficacité et un enfermement dans leurs certitudes que cela n’ira jamais mieux. Pour apporter une autre initiative thérapeutique et reproduire ce que les psychologues comportementalistes appellent l’exposition et l’habituation, qui sont les deux modalités thérapeutiques usuelles du traitement de la phobie, la VR est devenue une étape quasiment incontournable,

Le panneau de contrôle nous permet de permettre à l’individu de se réhabituer à certaines situations qu’il a tendance dans son quotidien à éviter de manière sécurisée.

Mais tout d’abord, parlons phobie. Elle peut se définir par une peur irrationnelle. Il nous faut donc être prudents quant au diagnostic et clairement discerner ce qui est la résultante d’une peur légitime et de celle qui ne l’est pas. La phobie peut se traduire lors de l’exposition à un objet par une angoisse majeure qui pourra perdurer dans le temps avec des épisodes plus ou moins aigus. Selon le psychanalyste Bergeret, auteur du livre « le normal et le pathologique » la phobie serait à rapprocher d’un mode de décompensation sur une structure névrotique de type obsessionnel. Pour faire simple le sujet obsessionnel a besoin d’avoir le contrôle sur son environnement pour s’y sentir bien. Alors ce contrôle ne se caractérise pas toujours par une mise en action des éléments mais parfois simplement par une parfaite maîtrise de ce dernier.

Là où cela devient donc plus problématique, c’est quand le sujet perd prise, de fait le sentiment de peur s’accroît, enferme la personne dans cette certitude que quelque chose de grave est en train de se passer, ce qui l’angoisse encore plus. La peur devient irrationnelle, son environnement s’effondre, devient incertain et le sujet panique : c’est la crise d’angoisse. Il a besoin de reprendre le contrôle et pour se faire, manquant de moyens, il va utiliser des objets contra-phobiques comme des TOC mais surtout des évitements. Pour aller à l’essentiel cela reviendrait à dire que s’il ne s’expose pas à ce qu’il considère un danger et plus il réalise que le procédé fonctionne et qu’en effet il ne lui arrive rien. De fait, les personnes s’isolent, s’empêchent certains fonctionnements, et là c’est la maladie phobique qui prédomine. Il est très difficile alors pour le sujet de sortir de ce schéma.

 » Des développeurs, comme la société C2 Care à Toulon qui travaillent de mèche avec des psychologues, psychiatres et neuropsys ont donc mis en place un matériel par réalité virtuelle au service des praticiens. »

Les psychologues, souvent comportementalistes, traitent la phobie. Pour se faire ils accompagnaient jusque-là leurs patients dans les situations complexes, dans le métro, au restaurant pour les agoraphobies, dans les avions, les ascenseurs, les vivarium… Ce qu’il y a de bien pour le psy dans ce genre de prise en charge c’est qu’il finissait par soigner ses propres angoisses. Mais il y a avait des limites et pas des moindres : le manque de contrôle sur l’environnement extérieur et aussi peu de garanties que ne survienne un élément potentiellement traumatisant que l’on n’aurait pas anticipé. Bref, dans des situations critiques cela pouvait être dangereux pour l’équilibre psychique déjà fragile des patients.

Autre composante c’était la contrainte logistique que cela constituait. Accompagner un patient dans ce qui lui fait le plus peur c’est du temps hors du cabinet et un coût pour l’un et l’autre. Alors pour les situations que je qualifie de complexes, surtout pour ce qui concerne le risque pour le matériel psychique de cet Autre que je devais accompagner, j’ai opté pour l’outil numérique. Je traite toute forme de phobies, peur de la voiture, de l’avion, des araignées… La demande la plus fréquente est le traitement du vertige, mais j’accompagne aussi beaucoup de phobiques sociaux.

« Je peux donc les accompagner dans une salle de classe faire une présentation, dans le métro où je mesure la densité du trafic, les interactions avec les autres usagers, le niveau d’agressivité. »

Dans les faits cela passe par les procédés d’exposition dans un cadre contrôlé. Je peux donc les accompagner dans une salle de classe faire une présentation, dans le métro où je mesure la densité du trafic, les interactions avec les autres usagers, le niveau d’agressivité de ces derniers mais je les fais aussi monter dans des étages de plus en plus hauts et passer entre deux barres d’immeuble avec ou sans rambardes, en fonction de leurs aptitudes, en fonction de ce que leur psyché est prêt à assumer de la situation. La réalité virtuelle nous permet aussi d’observer les réactions émotionnelles et de les accompagner de manière adéquate. Très vite quand le sujet est prêt nous reprenons les exercices en extérieur.

Ce que nous pouvons observer, ce sont des prises en charge plus courtes, plus efficaces, une meilleure implication du sujet car ce dernier se sent sécurisé de se savoir malgré tout en lieu sûr avec son thérapeute dans son cabinet. Je ne l’utilise pas avec tous, je dois m’assurer de la structure psychique de la personne concernée avant tout. La réalité virtuelle reste à éviter sur des structures psychiques plus fragiles, psychotiques, enfants et adolescents, cet outil n’est pas approprié et pourrait même devenir dangereux compte-tenu de la perméabilité qu’il génère entre le monde extérieur et le monde interne.

 » Ce que nous pouvons observer ce sont des prises en charge plus courtes, plus efficaces, une meilleure implication du sujet.  » 

Ce type de matériel, bien évidemment, vous en rencontrer au salon Virtuality. La réalité virtuelle offre plus de moyens, plus d’outils au service de notre bonne santé. Et si nous pouvons observer sur certains stands les limites d’un manque de maturité certain, sur d’autre nous ne pouvons qu’applaudir les nouvelles opportunités qu’elle offre déjà à la médecine.

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1 commentaire sur “La Réalité Virtuelle : une solution numérique pour traiter la phobie”

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