SONIC… SEGA c’était plus fort que ça !

Si je devais faire une brève critique du film sorti cette semaine, car elle ne mériterait qu’une brève critique, c’est que c’est raté.

Un retour perdant

Voilà avec toute ma subjectivité ce qui en ressort : une technicité mauvaise, une réalisation sans profondeur, des incohérences à n’en plus finir et un doublage médiocre. Le seul intérêt de ce film reste le personnage central que, de toute façon, parents et enfants aimeront par ce que c’est lui, parce qu’il est un facteur de cohésion entre les générations.

 

 

Après le pari de faire un film du petit hérisson bleu aussi mignon soit-il, surtout après les différentes chirurgies que les studios lui ont fait subir, était risqué. Sonic, c’est juste un hérisson qui court, ramasse des anneaux et change de Monde. Et bien le film se résume à cela : Sonic, qui a du fuir sa planète d’origine ; c’est juste un hérisson qui court, ramasse ses anneaux et change de Monde. La bonne nouvelle, c’est qu’après avoir vu ce film, on comprend pourquoi, depuis sa sortie en 1991, sur Megadrive, le petit héros court, et c’est peut-être bien là tout ce que nous apprenons…

Le film s’adresse aux enfants, mais les adultes apprécieront les rares clins d’œil à la Petite Guerre Nintendo/Sega de leurs premiers émois vidéo-ludiques. Nous pourrons reposer la question du transmédia comme dans cet article de Jennyfer.

Mais nous préférerons revenir sur le succès ancien de Sonic.

Qui est donc Sonic ?

La petite mascotte de SEGA qui s’apprête à fêter ses 30 ans l’an prochain et est peut-être encore aujourd’hui le personnage de jeu vidéo le plus célèbre du Monde, souvent opposé au petit moustachu de Nintendo. Les deux protagonistes d’ailleurs continuent d’incarner la petite guérilla des industriels. Dans les années 90, on était Nintendo ou Sega, Mario ou Sonic. Et il y avait là quelque chose de l’ordre d’une appartenance communautaire forte alors que dans les faits, les produits étaient similaires, des petits personnages sympathiques qui couraient sur un jeu de plateforme pour aller ramasser, on ne sait trop quels objets pour en faire, on ne sait trop quoi.

Pour la petite histoire, le petit homme bleu symboliserait un adolescent de 15 ans qui courait vite, très, très, vite, grâce à ses baskets rouges, d’ici à penser que dans l’année de sortie il y avait un joli mais subtil placement de produit pour une marque de baskets, il n’y a qu’un félin noir,  enfin je voulais dire « un pas »… « Juste un pas »… Ce qui est normal pour des baskets.
Plus sérieusement, rival de Robotnik qui, lui, est toujours habillé de rouge…. (clin d’œil) le petit être auquel on peut accorder une forte valeur projective du fait de son âge et de son look, va vite, très vite, et renvoie à la position de toute-puissance du joueur. Un petit être fragile doté de super pouvoirs et capable de déjouer les pièges des plus incroyables des méchants, capable de basculer de Monde, un être en évolution constante dans une existence où il doit amasser ses précieux trésors pour rester en vie. L’analogie capitaliste n’est pas très difficile à concevoir… Vas-y cours, désir, achète, amasse et cours encore plus vite sinon, ce sera ta perte…

Un manque d’amour comblé par le capitalisme ?

Le manque d’amour, peut-il être comblé par la possession ? Si nous en revenons au film ce qui rend le personnage attachant, c’est sa fragilité, nous le voyons enfant, abandonné des siens, élevé par une chouette, obligé de fuir sa planète. Ensuite obligé de se cacher sur celle qui l’accueille. Il est attachant de fragilités, mais pas seulement. Sonic est un épicurien, il aime la vie, il nous le renvoie. Nous ne pouvons imaginer que l’univers qu’il s’est créé puisse s’effondrer….

Attention ça va spoiler à partir de là.

C’est au détour d’interrogations plus humaines sur sa grande solitude qu’il va lui-même mettre son environnement en jeu. Posséder des choses, s’amuser de la vie, avoir des supers pouvoirs n’est rien si on ne peut échanger avec les autres, si on ne peut voir raisonner l’amour dans les yeux de ce qu’on aime, s’il n’y a juste personne avec qui partager nos succès et joies. Et voilà bien la morale de toute cette histoire, Sonic, c’est de l’amour qu’on a envie en tant que très jeune spectateur de lui donner, et qui suscite la peine chez lui pourtant de ne pas pouvoir le recevoir car obligé de rester confronté à sa solitude. L’être humain est ainsi fait, il existe parce que l’autre : ami, amant, camarade lui renvoie en reflet la validité de son existence. Sans cela c’est comme regarder dans un miroir et ne voir que le vide et là se voulait être la morale de ce film…

J’ouvre une petite parenthèse qui n’est que le fruit d’une analyse personnelle, au-delà de ce très mauvais film, mais néanmoins agréable madeleine de Proust pour la quadrature que je suis, ne sommes-nous pas là devant une représentation de ce que la course à la réussite nous renvoie de nos solitudes ? Je poserais la question plus tard à mon amie sociologue…

Là, je n’ai qu’une envie, c’est traverser l’écran pour aller faire un câlin à Sonic, le consoler de l’humiliation qui lui est faite et l’arracher de ce film au demeurant pathétique.

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