Prêts à tout pour du Fame ?

 

C’est quoi le Fame ?

On pense naturellement que faire du Fame vient du mot anglais qui signifie la célébrité, la gloire. Dans les faits ça vient de l’ancien français et le fame était un synonyme de réputation, il dérive du nom de la déesse Fama, oui, oui celle-là, la fameuse, celle qui régnait sur la renommées de tous. Et aujourd’hui sous le règne du Fame,  tous voudraient ou voudrions, devenir, une Famous star du Web, pour légitimer un rôle d’influenceur à l’instar de cette blogueuse qui la semaine dernière a réussi à faire croire qu’elle vivait sa meilleure vie à Bali, alors que le reportage photo avait été réalisé dans un magasin Ikéa. L’objectif était alors simple : dénoncer l’absurdité d’un système auquel elle-même contribue pourtant activement. Et là, dit comme cela ça devient moins simple. D’autant plus que la question peut se poser à bien des niveaux : que cherchent ces « famers » ? Effet de mode ou effet de masse ? Quelles sont les dérives possibles ? Comment et  pourquoi y contribuons nous ?

 

Pour un fame avec toi… je ferais n’importe quoi…

Recherche de notoriété pour la gloire, pour exister, pour professionnaliser l’image de soi et en faire un fond de commerce, pour réparer son égo, sa soif de reconnaissance ou de son compte en banque. Faire du fame est devenu l’apanage de beaucoup de jeunes. Je me souviens de ma réaction la première fois que j’ai entendu en consultation un enfant me répondre qu’il voulait être youtubeur plus tard, je me souviens de ma surprise. Quelque chose du net était en train de me dépasser, quelque chose que je n’avais pas vu venir.  Je me souviens aussi avoir interrogé cet enfant sur ces motivations et de sa réponse tout aussi surprenante …  « Bah pour être connu ! ». Connu de quoi ?  Il ne le savait pas, mais moi qui ai toujours eu cette idée que les jeunes cherchaient à être reconnus avant d’être connus je ne parvenais plus à cacher mon étonnement. Je vous épargne la suite de cette séance un après-midi d’automne 2013, donc pas si éloigné que cela de nous, parce que depuis des starifications basées sur rien il y en a eu beaucoup, à la télé que ce soit à travers les anges ou les marseillais, que ce soit sur Internet où Youtubers, Streamers, Instagramers sont devenus les influenceurs que l’audio-visuel contenait jusque-là mais qui ont dû trouver une autre place pour s’adapter, pour exister…

Ils sont prêts à tout et les enchères deviennent lourdes. Dans la course à la célébrité les idées bonnes et mauvaises se multiplient, quitte à oser les mises en danger, et si parfois on frise le ridicule, celui-ci pourtant réputé pour ne pas tuer,  poussé à ses extrêmes, nous fait voir parfois de tragiques issues.

J’aurais voulu être un artiste…

Et au début fut la soif de notoriété… Parce qu’on cherche à gagner des vus, de l’argent ou une forme de reconnaissance, tout va passer par une quête de notoriété, sans elle, rien n’est possible, et là où nos stars d’antan la gagnait en donnant à voir ce qu’il leur était possible de faire c’est maintenant le fait d’être vu qui donne l’occasion de pouvoir faire par la suite. Les pôles se sont inversés et, comme toute redéfinition de ces derniers, le magnétisme s’en est trouvé chamboulé. Pour installer ce magnétisme, il n’y a pas 150 façons de faire. Non ! Il y en a des milliers, mais toutes vont passer par cinq supports principaux.

Le plus connu c’est Youtube. Si je vous dit Cyprien, ça vous parle ? Lui, Norman, le joueur du Grenier, Squeezee sont les plus connus au moins de ceux de ma génération, mais dans les faits ils sont des centaines et des centaines en France à essayer de percer, de faire leur bulle dans le milieu.

Les vidéos produites doivent être virales pour satisfaire le besoin de divertissement passif et là les uns et les autres bien que suivant des codes de rythmique, de contenus, graphiques, tous vont redoubler d’efforts et de créativité pour essayer de se distinguer. Ils balancent du rêve, waouh être payés, toucher des milliers pour faire marrer ses potes, parler gaming, donner des conseils maquillages sur des vidéos, ça envoie du lourd.  Sauf que dans les faits, la vie d’un youtuber c’est aussi beaucoup de travail, beaucoup de sacrifices et parfois des dérapages plus ou moins contrôlés.

Propos racistes, déplacés, homophobes, dans la course au succès c’est souvent la parole qui dérape en premier mais pas que, guerre ouverte entre protagonistes, que cette dernière soit orchestrée ou non, mauvaise gestion de la notoriété nouvelle, perte de l’anonymat, les  sorties de route sont nombreuses…

On se challenge, on se filme, on va de plus en plus loin pour plaire à des adolescents qui sont en pleine période de transcription identitaire, s’identifie et s’approprie propos et comportements comme autant d’effets de mode à suivre pour s’intégrer et se distinguer du groupe. On est alors plus Norman ou Squeezee, et l’Autre devient un con ou objet d’adulation. Toujours plus,  et les défis sur Youtube s’allongent. « Tu veux faire du Buzz ? Ok ! Alors t’es prêt à tout ? » ..De plus en plus loin, « la voiture de ton père, sors là du garage, bande toi les yeux et démarre ». Et voilà comment multiplier les gros titres des faits divers, et voilà comment on en arrive à des prises de risque inconsidérées qui peuvent aller jusqu’à la conduite ordalique et jusqu’à gagner un Darwin Award. « Le selfie qui tue ! Tu le veux, vas le chercher »…

Parce que non il n’y a pas que Youtube qui nous permet d’acquérir de la célébrité sur Internet. Tenir un blog peut aussi autoriser cela, mais la difficulté est peut-être d’avoir encore quelque chose à dire… Et là c’est le drame… Alors à défaut de trouver des mots et des idées, on va orchestrer une fausse existence que l’on va vendre pour réelle sur quelques clichés alléchants… waouhhhh le muffin tout chocolat et le double crème du café américain du coin, et me voilà la reine du taille 34, tout le monde ignorera alors que je suis obligée d’aller me faire vomir pour gagner la ligne, mais tout le monde saura à quel point j’ai cette chance inouïe de ne pas grossir.. Tous les excès sont permis  s’il est question de devenir le roi ou la reine du Fame. Tous ? vraiment ? Non parce que parfois il n’y a pas que les propos qui dérapent. Petit exemple et triste nouvelle, le 25 juin la police de New York retrouve le corps d’Etika, 29 ans, dans l’East River.

Cela faisait une semaine qu’on  cherchait le jeune homme. Dans les faits,  aussi brillant soit-il il était connu pour ses troubles psychiatriques et notamment pour ses dépressions. Mais quel est le lien cause à effet ? Est-ce parce qu’il était porteur de ces dits troubles qu’il a cherché sa notoriété ou est-ce à sa notoriété que nous devons la genèse de ses troubles mentaux ? Comme pour d’autres illustres du PAF la question se pose, et devant l’ampleur du phénomène nous avons peut être là encore un rôle préventif à jouer ? Quoi qu’il en soit la quête du Fame quand elle n’est pas si dramatique, peut aussi beaucoup amuser…

Pic and Pics and Instagram…

Après la vidéo, la photo, smartphone à la main, l’arme ultime en disponibilité constante, facile de ne rien rater de ces moments qu’on a envie de partager aux autres, devenir célèbre sur Instagram est accessible à tous, mais plus particulièrement à une poignée d’élus.  En voici quelques exemples, plus ou moins discutables. A vous d’en juger !

Elle s’appelle Jen Stelter ; elle a mis ses fesses en avant, et cela luis rapport 50 000 dollars par mois. Vous ne reconnaitrez pas son visage mais ses fesses oui. On devine la fierté des parents de la demoiselle devenue célèbre et suivie par 3,6 millions de personnes.

Daryl Aiden Yow s’était fait connaître sur Instagram. Il faisait croire qu’il vivait une vie de rêve via les réseaux sociaux et parvenait même à obtenir des collaborations avec de nombreuses marques. L’usurpateur utilisait les photographies récoltées de manière plus ou moins légale dans des …. Banques d’images qu’il s’appropriait. Bouhhh pas bien….

La course au danger ! Et les gagnants sont Raquel et Miguel pour cette photo. Belle mais jugée trop dangereuse par les internautes qui l’ont critiquée  avec véhémence et autant de bon sens.

Une autre histoire de couple est la jolie romance qu’on suit sur le compte de Murad Osmann, suivi par près de 4 millions d’abonnés sur Instagram.. Main dans la main ils voyagent à deux à travers le Monde pour nous faire partager ce type de clichés.

Grumpycat ! le chat boudeur. Mais si vous le connaissez, il est mignon mais il fait la tête en permanence, et même si sur l’écran ça reste mignon  ce n’est pas sans poser la question de la considération de l’animal, d’ailleurs c’est vrai qu’il n’a pas l’air tout à fait heureux ce chat.

Besoin de rien envie de moi…

Bon et si au lieu de critiquer ce que nous faisons plus ou moins tous sur les réseaux sociaux, à savoir valider notre existence par le regard des autres, ce qui n’est dans les faits que peut être un moyen numérique et donc actuel à une considération humaine ancestrale, nous essayons de nous attarder sur les besoins que le fame pourrait venir couvrir ? Et Si la quête de  célébrité sur Internet correspond à un besoin humain peut-être pourrons nous la comparer à une pyramide bien connue celle, de Maslow.

La pyramide de Maslow est une pyramide qui hiérarchise les besoins d’un individu.

Elle a été établie dans les années 40, c’est donc peu dire qu’elle ne date pas d’hier, et si sa validité a été souvent contestée elle continue d’offrir une base de connaissances sur les besoins qui doivent être couverts par l’humain pour être cet individu heureux et insouciant qu’il aspire à être. Bref,  elle comporte cinq types de besoins : les besoins physiologiques, les besoins de sécurité, les besoins d’appartenance et d’amour, les besoins d’estime, et, au sommet de la pyramide, le besoin d’accomplissement de soi ou d’auto-réalisation. La hiérarchisation repose sur un présupposé essentiel au bon fonctionnement humain, cependant il arrive souvent qu’un individu accorde plus d’importance au recouvrement du pallier souvent et en oublie le précédent, ce qui n’est pas sans conséquence sur son matériel psychique. Mais voyons en détail comment nous pourrions appliquer cette pyramide au Fame.

A la base de nos besoins humains se trouvent les besoins physiologiques. C’est le fondement constitutif de tout le reste. Il garantit au corps de fonctionner, et si le corps ne fonctionne pas, rien d’autre n’est réalisable. On pourrait alors se dire que cela n’a rien à voir avec le Fame, sauf que si un peu en fait… Pour manger, il faut des ressources, pour avoir ses ressources il faut collecter de l’argent, hors sur le net, plus ça clique et plus en théorie le frigo est susceptible d’être plein. Le hic, c’est que pour décrocher des clics certains n’hésitent pas à trahir certains autres paliers de la pyramide. Quoiqu’il en soit, être célèbre, c’est faire des vues, faire des vues c’est décrocher potentiellement des contrats surtout publicitaires et c’est donc un moyen efficace de faire un peu voire beaucoup d’argent.

Cela a l’avantage d’être une recette en apparence facile d’accès, mais encore faut-il être suffisamment créatif, pour que ça puisse payer. Une fois ce besoin couvert, il nous permet de garantir le second besoin, celui de sécurité. Et oui, ne nous leurrons pas, nous sommes plus en sécurité un toit sur la tête que sans. La sécurité vient aussi de la notoriété, elle garantit en sus des revenus futurs une relative confiance en soi. Alors maintenant que nous sommes rassurés par la notoriété naissante et rassurante, nous progressons sur le troisième échelon… Le besoin d’appartenance et d’Amour

Le besoin d’Amour, aller on ne va pas se leurrer, il est vital ! On a besoin de recevoir de l’affection sur le net, aussi virtuelle soit elle, on le fait tous.  On va tous regarder qui like  quand on publie quelque chose, quelque part, dans la blogosphère ou autre… D’ailleurs merci pour ces milliers de pouces tendus (ok, dizaines) que vous envoyez régulièrement sur nos publications, ils nous vont droit au cœur, nous les entendons comme autant de « allez-y les gars continuez vous êtes parfaits ! ». C’est donc ça ce que l’amour sur internet nous procure, la sensation d’une perfection absolue, une désirabilité que vous pourriez avoir de vouloir être cet autre, de posséder ce qu’il possède, d’avoir l’apparence qu’il a ? Non pas seulement ! La communauté de followers nous rappelle non seulement notre appartenance à un groupe mais aussi le leadership qu’il procure.

Bref raccourci de psychologie sociale ; la tribu est constituée d’êtres vivant qui se ressemblent et se rassemblent, dans ce vivre ensemble l’homme se définit comme existant en tat qu’individu à partir de ce que ce même environnement lui renvoie. En bref, tu m’aimes bien, tu me considères, donc tu me valides et j’existe… Aux pressions du groupe à contrario, si je résiste, je me prouve à moi-même que j’existe en tant qu’individu et là la boucle est bouclée. Ce n’est donc pas qu’une histoire de narcissisme, ou de réparation de quelques failles égotiques même si certaines figures du Web nous prouvent que l’inverse est vrai aussi, c’est avant tout une quête de validation de mon existence en tant qu’être singulier et de mon rôle dans cette même structre groupale qui me voit être dont il est question. Après pourquoi avons-nous autant besoin de cela ? Et quel désordre psychique cela peut causer chez qui s’y essaye sans y parvenir ? Tout cela est objet d’un autre débat….

Le besoin suivant est d’ailleurs étroitement lié à cette dernière recherche incessante de considération. C’est celui d’estime, que l’on reçoit des autres, que l’on s’accorde à soi. Après être aimé des autres, je pourrais donc m’aimer moi. Souvent les vendeurs de soupe en développement personnel vous ferons croire l’inverse… « Oh mais il faut déjà s’aimer soi pour être aimé des autres » Non, non et non ! Arrêtons de suite ce discours culpabilisant et inutile. Il faut s’entendre avec soi, se respecter, mais non la question de la bonne estime de soi, et donc de la capacité à développer son aptitude à être aimable dépend très beaucoup de ce que reçu des autres et pas l’inverse. Seule notre capacité à développer son individualité et lui accorder soi même une valeur nous permet de résister à la mésestime de l’autre. Voilà qui est dit… Mais c’est vrai qu’au regard de certains profils nous pouvons nous interroger. N’avons jamais dit de quelqu’un vu sur le Web « oh il doit bien s’aimer le gars pour agir comme ça » ? Et du même coup provoquer une aversion voire un dégout chez nous.  Par quoi tout cela passe ? Où tout cela mène ? Tout cela pour nous faire arriver à la pointe de la pointe de la dite pyramide : Sa propre réalisation !  J’avoue que cette question m’interroge beaucoup car au regard des contenus sur le Web la question de la réalisation de soi ressemble de plus en plus  à un grand fourre-tout au tout et n’importe quoi. Absurdités, humiliations, nivellement des débats vers le bas, miroir ô mon miroir, rappel constant de notre attrait pour le paraître, comment gagner en estime de soi sur un tel constat ? Que veut dire le concept de réalisation devant autant de dégradation ? Mais aussi parfois de talents qui se gâcheraient moins à d’autres supports ?

J’ai idée derrière cette réalisation de soi, qu’il faut que cela ait du sens, que l’objet nous mette en émoi, nous mobilise, nous fait soulever de l’énergie. Quand je suis dans l’émotion de quelque chose quand je travaille ce sujet par exemple, il me tient à cœur, j’ai envie de partager mes réflexions avec vous,..  j’en aurai moins en faisant un tuto maquillage, alors que fondamentalement au regard du caractère dégueulasse de ma peau, je mériterais peut être de m’y attarder un peu. Montrer mon fessier, devenir célèbre avec cela ne caractérise pas sur mon échelle de valeur une quelque réalisation… Je me heurte à ma propre incompréhension, pourtant si j’ouvre mon esprit oui j’arrive à comprendre que cela puisse avoir du sens, que sais-je du parcours des personnes qui sont sur le Web, d’où viennent-elles pour se réaliser de cette manière là ? Les influenceurs, instagramers et autres youtubers ont de cela de commun de fédérer autour de communautés, de contenus. ils existent car le moindre conseil maquillage, la moindre réflexion qu’ils inspirent a un impact sur qui le suit, bon ou mauvais, mais il a un impact. Et puis loi aussi finalement je me suis marrée en regardant Norman parodier les assassins, et oui je les regarde aussi les tuto maquillages, ils ont juste remplacer mon Jeune et Jolie et le papier galacé des années 90. Si je pousse la réflexion un peu plus loin les influenceurs ont toujours existé, la télé du Jacky Show au Top 50 a guidé mes choix musicaux, avant cela la starification de certains chanteurs ou autres copains qui me saluaient ont fait choisir les tenues de nos parents, avant cela encore il y a eu des tendances portées par certaines figures et avant cela même la figure la plus emblématique, ou la plus grrrrrrrrr de la grotte donnait le ton de comment devaient se comporter les autres!

Aller cessons de blâmer les dérives de la starification sur le Web , allons au-delà de ça… Contemplons le phénomène avec recul, oui cela ressemble souvent à une grosse foire au n’importe quoi et oui le Fame semble avant tout un moyen de soulager son égo, mais oui aussi il est un objet de socialisation où certains sont prêts à tout, au meilleur mais aussi au pire pour en tirer profit.

…. Mais on connait la musique… D’ailleurs la voici !

Pour conclure, nous dirons que fausses photos, faux tests beautés, hypersexualisation, humiliations choisies et autres joyeusetés du genre font choux gras dans la course au Fame…. On vous laisse d’ailleurs apprécier le résumé que fait le jeune chanteur Checler du phénomène. Il dénonce avec talent et  humour dans son dernier clip « un peu de Fame » les excès de notre recherche d’approbation mais surtout de validation d’existence que nos générations s’imposent. Checler vous êtes cordialement invité pour une interview sur le Divan pour nous parler de votre rapport à la notoriété ?

Puis nous on aurait rien contre le fait de faire un peu Fame avec vous….

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