La petite histoire des RPG

Une majorité d’entre vous le savent, le principe du jeu de rôle ou RPG (Role Playing Game)  est de jouer le rôle d’une ou de plusieurs classes de personnages. Le but est de les faire évoluer en réalisant une quête principale accompagnée de quêtes secondaires amenant à la réalisation d’un objectif final. Si nous, joueurs, sommes tous familiers de ce type de jeu, tous n’en connaissent pas l’histoire. Voici donc une brève revue de ce qu’elle a été…

DES ANNÉES 70 A 90

Les premiers RPG sont apparus dans les années 1970 et se jouaient sur table. Plusieurs joueurs étaient réunis physiquement autour d’une table de jeu, présidée par un maître du jeu. Chaque protagoniste était muni d’une feuille blanche sur laquelle il choisissait une classe de personnages (ahhhh la bonne vieille époque du papier-crayon !). Le jeu se déroulait, comme dans un jeu de plateau, les déplacements et actions se faisaient à l’aide de plusieurs types de dés. Le maître du jeu, à l’aide d’un livre explicatif, racontait une histoire et le contexte dans lequel se situaient les actions. Il avait pour mission de guider les joueurs tout au long de leurs quêtes et de la réalisation des différentes missions.

Le plus célèbre des RPG papier était, et restera sûrement à jamais, le célébrissime Donjon et Dragon. C’est avec ce jeu que sont nées les bases et les règles du RPG dont notamment le tour par tour, les points de magie ou l’héroïque fantasy. La seule différence avec le RPG multimédia que l’on connaît aujourd’hui est que le jeu sur papier se déroulait à l’aide de lancés de dés. Par exemple, si un joueur, pour avancer dans le jeu, devait ouvrir un coffre-fort, l’action ne pouvait se faire qu’avec l’obtention d’un certain chiffre. Le maître du jeu contrôlait le lancer de dés et connaissait les conséquences du nombre tiré. Si le joueur devait, pour ouvrir un coffre-fort, réaliser un lancer entre 8 et 12, il lançait alors un dé de 20 et en fonction du chiffre tiré, il pouvait soit crocheter le coffre-fort soit bénéficier d’un avantage ou d’un inconvénient. Le jeu était lent, l’action fastidieuse mais au demeurant sympathique, notamment du fait du caractère social et de la convivialité qu’il ramenait.

Le premier RPG numérique, DND, est sorti aux États-Unis en 1974 sur PC. Les Américains ont ainsi été les précurseurs du RPG numérique jusqu’en 1986 et les jeux développés à cette époque étaient tous similaires : en noir et blanc avec un graphisme basique et une esthétique, comment dire, simpliste ( mais démente pour l’époque). Ils se jouaient au tour par tour. Les règles étaient les mêmes que le RPG sur table, le lancer de dés étant toutefois abandonné, car trop compliqué à développer sur le support numérique en raison de son caractère aléatoire. Nous avons donc décidé de laisser la machine décider du destin à notre place.

En 1986, le premier RPG numérique tel qu’on le connaît à l’heure actuelle sort au Japon sur la Famicom (console Nes de Nintendo). Il s’agit du célèbre jeu Dragon Quest. La console présentait, à l’époque, plus de puissance qu’un PC, notamment grace à la technologie des cartouches à mémoire flash. Ce qui a amené au développement d’une véritable histoire, d’une meilleure appréhension du jeu et ce qui a permis aux joueurs de passer plus de temps sur l’opus sans s’en lasser. Il était temps ! Le développement du jeu permet également de voir à l’écran l’ensemble des alliés et des ennemis, leurs déplacements et leurs différents niveaux. Bien que le graphisme en couleur soit apparu, le dessin restait toutefois encore simplissime et le personnage choisi continuait à évoluer sur des cases en fonction des actions déterminées par le joueur. Le son, quant à lui, était de plus en plus travaillé. Dans le même esprit, est sorti en 1987 Dragon Quest 2, oui pourquoi arrêter en si bon chemin….  Puis la même année, Might and Magic sur la console Commodore 64.

Ce n’est qu’en décembre 1987, qu’est enfin sorti, exclusivement au Japon, le premier Final Fantasy (FF). La même année, le pays du soleil levant voyait également naître le premier ARPG avec le jeu Ys sur PC. Le ARPG (Action Role Playing Game) est un jeu de rôle en temps réel qui permet au joueur de suivre et de contrôler l’action de son personnage, alors que, jusque-là, l’action se déroulait encore au tour par tour.

Ainsi, le Japon commence à asseoir sa domination sur les RPG et pendant que le premier Dragon Quest sortait aux États-Unis sur Famicom en 1989, Ys sortait alors sur console (la Master System de Sega) au Japon.

DE 90 A 2000

Dès lors, Dragon Quest est le premier RPG, arrivé en occident, avant même FF, qui n’a conquis les marchés américain et européen qu’en 1990. Dragon Quest est également le RPG le plus inspiré des premiers jeux de rôle sur table des années 1970, ce qui peut d’ailleurs expliquer son succès, puisqu’il reste dans la continuité de ce que connaissaient les joueurs adeptes de jeux de rôle.

Par la suite, sont arrivées, dans les années 90, les nouvelles consoles de jeux de vidéo comme la Super Nes de chez Nintendo. Le Japon a accueilli FF4 en 91 avec des nouveautés comme le système de combat en semi-temps réel. Par ailleurs, l’occident n’ayant pas adhéré au genre RPG, les FF 2 à 6 ne sont pas sortis dans cette partie du monde, comme d’ailleurs les Dragon Quest jusqu’au 5ème opus.

D’ailleurs c’est aussi cette année, avec les prémisses d’internet que voit apparaître le tout premier MMORPG (Massively Multiplayer Online Role Playing Game) Neverwinter Nights.

Le jeu vidéo va-t-il rentrer dans un nouveau monde ? Nous en parlerons plus tard.

Ainsi, Dragon Quest 5 est sorti sur PlayStation en 1992 aux États-Unis. La grande innovation de cette console qui a fait évoluer les RPG était le support gravé sur CD, ce qui permis de gagner en espace, et donc de produire, une histoire plus fournie avec, quelques graphismes en 3D. Ce jeu reste donc un mélange entre Donjons et Dragons et la culture mythologique japonaise, de l’héroïque fantasy à l’état pur. Enix avec son jeu Dragon Quest a donc toujours été le concurrent mais aussi le précurseur de Squaresoft, éditeur des FF.

En 1994 est sorti sur PC le premier The Elder Scrolls (de chez Besthesda). À ce moment-là, on est passé à un niveau supérieur car les PC sont devenus plus puissants que les consoles. Les environnements deviennent gigantesques, plus immersifs grâce à la 3D plus que présente. Le jeu devient plus long à jouer et les images sont de plus en plus belles. Le RPG monte en puissance sur le plan technologique grâce au développement des PC ce qui aboutira par la suite au développement de la puissance des consoles de jeux comme la Super Nes, puis des PC, puis des consoles, puis des PC, puis….. L’augmentation de la puissance technologique permet le développement du jeu dans son ensemble avec des graphismes plus impressionnants, une  histoire  plus riche, et plus de quêtes annexes allongeant la durée de vie du jeu et du gameplay. Les limites connues antérieurement dans le RPG en raison des contraintes technologiques disparaissent.

En 1997 est sorti, toujours sur PC, le très célèbre Diablo qui est le premier Hack and Slash de Blizzard. Avec ce jeu, on reprend les bases initiales du RPG, tel qu’elles existaient dans Donjons et Dragons, en choisissant une classe de personnage (sorcier, barbare, nécromancien…). On ne retrouve pas le lancer de dés mais les programmeurs ont décidé de l’évolution du personnage et de ses différents niveaux en fonction du jeu et des actions choisies. Le personnage commence au niveau de base, et le but du jeu est d’avancer dans l’histoire et dans les quêtes annexes pour amener son personnage à évoluer et à atteindre le meilleur niveau possible afin d’être capable de pouvoir affronter le boss final.

Cette même année, sort sur la PlayStation 1, le grand Final Fantasy 7 qui garde le traditionnel jeu du tour par tour, la magie, les invocations …bref tout ce qui fait le RPG mais dans une version plus occidentalisée. C’est l’un des premiers jeux les plus volumineux puisqu’il tenait à l’époque sur 4 CD ce qui permet des cinématiques exceptionnelles et des paysages incroyables qui ont d’ailleurs fait pleurer plus d’un joueur… J’avoue en avoir encore la larme à l’œil… Squaresoft a alors réussi un tour de force en repoussant les limites technologiques de la console de jeu. C’est une des raisons pour laquelle le jeu a eu un très grand succès et a également contribué à l’énorme succès de la PlayStation.

Le dernier RPG sorti sur PlayStation 1 est Dragon Quest en 2000. C’est le dernier jeu de la génération PlayStation puisqu’il est commercialisé la même année que la PlayStation 2 avec Final Fantasy 10. La grosse nouveauté de ce jeu, grâce à la puissance de la console, est l’avènement des voix. C’est la première fois que dans un RPG, les personnages prennent une voix et s’expriment enfin. Sur le plan de l’histoire, on renoue avec la mythologie de ses ascendants et on se retrouve dans un monde apocalyptique, sans électricité (vieille technologie perdue) et avec des esprits maléfiques. Les graphismes et les cinématiques sont magnifiques et sont similaires à de véritables films de synthèse.

La même année voit la sortie au cinéma du film Donjons et Dragons dans lequel on retrouve tout le folklore du jeu à savoir les classes de personnages, la taverne où démarre l’aventure et les dragons magnifiques. Toutefois, ce film a été mal accueilli par les joueurs de RPG. On peut d’ailleurs se demander si ce n’est pas le manque de crédibilité du jeune Jimmy Olsen, reporter juvénile joué par Justin Whalin quelques années plus tôt dans Les nouvelles aventures de Lois et Clark, qui a fait complètement foiré le film ? Mais là ce n’est qu’un avis personnel….

DE 2000 A PLUS TARD

Parenthèse fermée, revenons aux RPG, aux vrais… À partir des années 2000, chaque jeu sorti,  proposant des améliorations dans le jeu, a agrandi un peu plus la famille du RPG. Grand Tourismo, par exemple, dont le but est d’améliorer une voiture, les pneus, la suspension …

En 2001, après l’échec du premier film, Donjons et Dragons l’année précédente, Squaresoft se lance sans plus de succès dans l’aventure du cinéma et sort le film en images de synthèse FINAL FANTASY : LES CRÉATURES DE L’ESPRIT. Bien que raté, ce film reste toutefois une vitrine technologique sans véritable lien avec le jeu vidéo. Squaresoft utilise le label FF pour vendre. Le film était très beau graphiquement et technologiquement très avancé, mais l’histoire est creuse et insipide, même Avatar a un scénario plus élaboré.

En 2002, est sorti l’ARPG Kingdom Hearts sur PS2. C’est la première association de deux éditeurs faisant se rencontrer l’univers Disney et FF. Si les joueurs ont été déconcertés par la fusion entre ces deux univers sans grand lien l’un avec l’autre, le jeu a été un véritable succès ainsi que ses suites.

FF11, arrivé en 2002 sur PS2, est le premier MMORPG (Massively Multiplayeur Online Role Playing Game) de la série, premier jeu multi-joueurs en ligne. Ce jeu n’a absolument pas marché, les joueurs n’étant certainement pas prêts à apprécier le genre et les connexions internet sur console, de l’époque ne le supportant pas, malgré l’ajout d’un modem sur la PS2.

En 2003, et contre toute attente, Squaresoft et Enix fusionnent. Le deal entre les deux éditeurs était qu’Enix devait apporter la finance à Squaresoft, qui se trouvait au bord du dépôt de bilan notamment suite aux échecs du film FF et du jeu FF 11, et devait en contre-partie profiter de la notoriété mondiale de ce dernier. Ainsi, Squaresoft s’était engagé à éditer les jeux d’Enix en dehors du Japon tout en lui garantissant le maintien de son indépendance. Cela devait donc être un partenariat gagnant-gagnant ce qui a finalement été le cas pour Squaresoft. En effet, l’éditeur n’aura finalement édité aucun jeu de chez Enix mais en aura pris l’ascendant. Pour preuve, Squaresoft a sorti en 2004 exclusivement au Japon sur PS2 Dragon Quest 8, alors que c’est Ubisoft, deux ans plus tard, qui a sorti ce jeu sur PS2, en Europe, en version langue anglaise… Vous me suivez ?

En 2004, deux ans après FF11, le premier MMORPG, Blizzard édite sur PC World of Warcraft (WoW). Ce jeu a connu et connaît encore aujourd’hui, et ce, depuis 16 ans, un succès phénoménal car la communauté WoW était mieux établie sur PC que celle de FF sur console. En effet, elle préexistait déjà depuis Neverwiner nights, Diablo et enfin Warcraft. Blizzard a ainsi réussi à créer et à développer cette forme de RPG avec des graphiques sans grand intérêt mais des cinématiques magnifiques qui ne nécessitent pas pour le joueur de posséder un ordinateur super puissant. Le succès de WoW réside aussi dans ce fait : n’importe quel joueur ayant un PC, quelle que soit sa puissance, peut jouer au jeu et est en connexion avec un autre joueur se trouvant n’importe où dans le monde. Dès lors, le RPG prend une autre dimension, une dimension mondiale qui est favorisée par la démocratisation d’internet et l’apparition des premiers forfaits illimités. Blizzard a réussi un véritable tour de force et une vraie révolution en vendant au joueur un abonnement mensuel, en plus du prix du jeu, ce qui permet au joueur d’accéder toujours à de nouveaux contenus, de nouvelles armes, armures, donjons, …bref Blizzard vend de la nouveauté et du rêve en permanence et crée un RPG en constante évolution. C’est d’ailleurs à cette époque que sont pointées du doigt les premières pseudo-addictions aux jeux-vidéos… Le jeu WoW ne s’arrête jamais, il y a toujours de la nouveauté et même des quêtes temporaires permettant de débloquer des gains spéciaux ce qui amène le joueur à rester en permanence connecté, le no life est né et se médiatise par la suite comme objet de préoccupation de notre société….Nous sommes largement revenus dessus depuis ! Dieu Merci !

En 2005, Square-Enix réitère dans le cinéma en sortant uniquement en Blu-Ray et en DVD le film en images de synthèse FF 7 Advent Children qui est le suite directe du jeu FF7 sorti en 1997.

Entre 2005 et 2013, les RPG ne connaissent pas d’évolution majeure, les FF se suivent, et ne se ressemblant pas…. , Ah si finalement, aucune fantaisie n’est permise, ils se ressemblent.

En 2013, Square-Enix fait une présentation spectaculaire de la nouvelle PS4 et de sa puissance  technique avec la diffusion d’une démo d’une dizaine de minutes du jeu FF7 remastérisé avec une qualité d’images incroyables, magnifiques et monstrueuses. Les fans du jeu FF ont alors scandé à grande voix pour demander la sortie du jeu remastérisé sur PS4 alors que l’éditeur avait d’autres projets. Ce n’est qu’en mai 2020 qu’est sortie la première partie du remake FF7 sur une version ARPG, et non RPG, c’est-à-dire un FF en temps réel. Le jeu entier devrait sortir en plusieurs parties payantes en raison de son volume ce qui lui donne une beauté exceptionnelle et ce qui permettra à Square-Enix d’encaisser certainement un peu plus de royalties. Square-Enix n’a toutefois pas annoncé le nombre de parties à venir pour ce jeu qui pourrait alors peut-être sortir sur la très attendue PlayStation 5. Toutefois, les joueurs devront s’armer de patience avec ce jeu remastérisé puisque Square-Enix lui-même avoue ne pas trop savoir où il va avec ce jeu. Suspens donc….

Voilà retracées les grandes lignes de l’histoire des RPG dont les bases du jeu ont été posées dès l’origine avec le RPG sur table et qui n’a, depuis lors, pas été marquée par de grandes évolutions majeures

Il faut toutefois souligner que ce sont les évolutions technologiques qui ont permis de faire évoluer les RPG et peut-être que leur avenir résidera très logiquement dans la réalité virtuelle à l’instar du manga Sword Art Online où le joueur lui-même est plongé l’univers. C’est à se poser la question de savoir si finalement le meilleur et le plus évolutif des RPG ne serait pas la vie elle-même ?

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